Fashion Mix ... Ou la mode comme creuset de mixité culturelle.

Publié le par Aurélie

Fashion Mix ... Ou la mode comme creuset de mixité culturelle.

La Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration est un lieu de mémoire important. Dans l'ancien pavillon de l'Exposition coloniale de 1931, avec son décor à la gloire de l'impérialisme français, sont regroupés un aquarium tropical et un espace d'expositions.

Façade du Palais de la Porte Dorée

Façade du Palais de la Porte Dorée

Le bâtiment, le Palais de la Porte Dorée, fait d'abord forte impression avec son architecture de l'Entre-Deux-Guerres, dessinée par Albert Laprade, et son bas-relief sensé représenter la variété des colonies françaises, leur richesse et, bien sûr, l'oeuvre de "civilisation" que les autorités affirmaient mener dans l'empire.

Le décor intérieur, dont la conception et la réalisation avaient été confiées à plusieurs artistes comme André et Ivanna Lemaître ou Pierre-Henri Ducos de la Haille, renforce encore ce discours : l'empire français concentre et met en valeur les civilisations et richesses des peuples de tous les continents.

Fresque centrale du Forum du Palais de la Porte Dorée

Fresque centrale du Forum du Palais de la Porte Dorée

Il s'agissait d'un discours clairement colonialiste et l'exposition Fashion Mix lui répond en montrant que les cultures entretiennent un dialogue, des échanges, des mélanges sans qu'il n'ait besoin de conquêtes ou de domination des uns par les autres.

Cette exposition a été pensée par Olivier Saillard, directeur du Palais Galliera et se déploie de manière chronologique, du milieu du XIXème siècle, avec Charles Frédéric Worth, jusqu'au "foisonnement contemporain". Elle est divisée en deux parties. La première, celle qui m'a le plus intéressée, insiste sur les parcours individuels en résonance avec les grandes vagues migratoires de leur époque.

Fashion Mix - La Comedia dell'Arte chez les couturiers italiens

Fashion Mix - La Comedia dell'Arte chez les couturiers italiens

Fashion Mix ... Ou la mode comme creuset de mixité culturelle.

Ainsi, après les Révolutions de 1917, de nombreux russes blancs se réfugient en France, désargentés mais ayant conservé relations et réseaux qui permettent à certains d'entre eux de s'insérer dans l'artisanat de la mode. Parmi eux, Irène et Félix Youssoupoff fondent la maison Irfé en 1924. Ils se spécialisent dans un style russe à la mode, dans les riches broderies, et s'appuient sur le savoir faire de la diaspora. Ils organisent également des événements de bienfaisance en faveur des réfugiés. Mais l'époque est difficile, la mode russe passe, et la maison fait faillite dès les années 30.

Fashion Mix ... Ou la mode comme creuset de mixité culturelle.

Cette 1ère partie de l'exposition regroupe également, à mon sens, les oeuvres vraiment exceptionnelles. On peut y admirer par exemple la délicate robe Delphos, de Mariano Fortuny ainsi que la patente de son "métier à plisser" ou encore le chapeau-chaussure imaginé par Schiaparelli et Dali pour Gala ... L'exposition met également en valeur l'intérêt artistique et historique de ces pièces en les rapprochant d'oeuvres plus contemporaines qui leur font écho. Ainsi, les plis d'Issey Miyake répondent à ceux de Fortuny.

"Machine à plisser" de Fortuny
"Machine à plisser" de Fortuny

L'exposition met également en valeur l'intérêt artistique et historique de ces pièces en les rapprochant d'oeuvres plus contemporaines qui leur font écho. Ainsi, les plis d'Issey Miyake répondent à ceux de Fortuny.

La 2ème partie de l'exposition, à partir des années 70, m'a parue plus éclectique, organisée autour de courants (espagnol, arménien, japonais, belge...), plutôt qu'autour d'individus.

Malgré tout, quelques personnalités émergent, comme Balenciaga, Paco Rabanne ou Sybilla, moins connue, pour l'école espagnole, dont on peut voir le parcours de migrants. Tout au long du parcours, on voit notamment que ce que proposent ces immigrés se situe le plus souvent du côté de l'avant-garde, de l'inventivité, du syncrétisme (des traditions, des matériaux, etc.).

Parmi ces immigrés, il n'y a pas seulement des couturiers. Catherine de Karolyi, par exemple, fut mannequin, dessinatrice puis cliente de Robert Piguet, qui l'aida à obtenir sa carte de séjour en France avant qu'elle n'acquit la nationalité française par mariage.

On remarque également le rôle de la presse, toujours curieuse de nouveauté, dans l'émergence de nombre de couturiers : comme le magasine Elle pour Kenzo ou Libération pour Helmut Lang.

Fashion Mix - L'école espagnole : Balenciaga et Sybilla

Fashion Mix - L'école espagnole : Balenciaga et Sybilla

Cette exposition, assez petite mais dense, est donc d'un grand intérêt, à la fois parce qu'elle suscite la réflexion sur le rôle qu'ont joué les immigrés dans la construction de la culture français, mais aussi pour la beauté des pièces exposées, le plus souvent sans vitrine.

L'exposition a d'ailleurs un succès certain et propose un parcours pour les enfants, avec un petit fascicule à compléter.

Elle mérite donc tout à fait un détour par la Porte Dorée lors d'une visite à Paris!

Exposition Fashion Mix

Exposition Fashion Mix

Fashion Mix ... Ou la mode comme creuset de mixité culturelle.
  • Informations pratiques :

Exposition Fashion Mix : du 09 décembre 2014 au 31 mai 2015

Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration

293 avenue Daumesnil, 75012 Paris

Tel. : 01.53.59.58.60

Billet : Collection permanente + Exposition temporaire - 6€

Gratuit pour les - de 26 ans et le 1er dimanche du mois

Le catalogue de l'exposition, qui à mon sens est un peu succinct et dont les images ne me semblent pas de très bonne qualité, est également disponible au prix de 35€.

  • Sources :

- http://www.palais-portedoree.fr

- http://www.histoire-image.org

- http://www.histoire-immigration.fr

- http://www.palaisgalliera.paris.fr

Publié dans Exposition, histoire, culture

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