Faire le tri selon Grazia

Publié le par Aurélie

Faire le tri selon Grazia

Le dernier numéro du magazine Grazia (28 août-3 sept. 2015) est un "Spécial mode". On peut y lire des articles sur les tendances de l'automne, les créateurs qui montent, le "mercato" des designers ; y voir les photos des silhouettes les plus représentatives des marques de prêt-à-porter en vue et quelques équivalents chez les enseignes grand public, etc.

Au milieu de cette profusion d'images aux couleurs de l'automne, d'articles sur les collaborations de la saison, l'école ou Toni Morrison, un texte (p. 187-190) rédigé par Caroline Hamelle a attiré mon attention.

Intitulé Faites le tri, cet article explique que "Réduire son dressing à l'essentiel, c'est le pari de cette rentrée" (p. 187). On parle là de "Fashion détox" ; n'ayons pas peur des mots! Dans une revue "Spécial mode", voilà qui est cocasse! Me voilà donc à lire cet article avec une attention quelque peu sceptique, d'autant plus que je m'étais également posé la question de la garde-robe idéale.

Faire le tri selon Grazia

Ce que l'on apprend en premier lieu dans cet article est que Grazia s'intéresse au grand tri du dressing parce que c'est tendance. Il s'agit d'un mouvement lancé par quelques blogueuses anglo-saxonnes, adeptes des Capsule wardrobes, Retail therapies (p.188), etc., bref, d'une garde-robe bien organisée autour de quelques pièces solides, complétées chaque saison par quelques nouveautés dans l'air du temps ... Comme le préconisait déjà Geneviève Antoine-Dariaux en 1964.

L'article cite évidemment l'ouvrage de Marie Kondo, La Magie du rangement, qui avait fait parler de lui, par exemple dans l'Obs, et qui s'inscrit dans ce vaste mouvement de détox ponctuelle, dans quelque domaine que ce soit, et qui me semble avoir comme qualité essentielle de nous donner bonne conscience tout en nous épargnant une réflexion difficile sur notre mode de vie et de consommation.

Voici donc "les étapes-clés de cette détox vestimentaire" (p. 188) proposée par Grazia et Sophie Hersan, de Vestiaire Collective, aux lectrices du magazine avides d'une "construction du style [qui] se fait par le vide et [où] l'achat de vêtements redevient conscient" (p. 188).

1. On anticipe

Anticiper le changement de saison et donc de garde-robe, trier les vêtements d'hiver avant les premiers frimas me semblait une question de bon sens ... Mais ici, l'optique est différente puisqu'il s'agit d'anticiper pour mieux revendre. Il est vrai qu'à côté d'Emmaüs, les dépôts vente en ligne et les sites de vente d'occasion offrent la possibilité de se débarrasser de ce dont on ne veut plus, mais pas totalement à perte. La revente de vêtements d'occasion est devenue, en effet, en quelques années, grâce à Internet, une branche à part entière du commerce de détail, un véritable marché.

Installation "Personnes" de Christian Boltanski au Grand Palais, 2010
Installation "Personnes" de Christian Boltanski au Grand Palais, 2010

2. On vide son placard

Il s'agit là d'une question de méthode, tout vider car "tout doit être passé en revue". Très bien.

3. On fait des piles

C'est une méthode de tri, là aussi : il s'agit de regrouper ses possessions en fonction de trois critères:

A) "Ce que l'on porterait" (p. 188) : fonctionnalité, coupe, envie entrent en ligne de compte

B) "Ce que l'on porterait peut-être" (p. 189) : tous les "oui, mais" auxquels on tient

C) "Ce qu'on ne porte pas" (p. 189) ... bye, bye

4. On ne fait pas de sentiment

Hum... Pour moi, justement, beaucoup de vêtements ont une charge sentimentale. C'est cela aussi qui fait la personnalité d'une garde-robe. Je me défais plus facilement de mes derniers achats, parfois relativement onéreux, que de mon sweat-shirt Mafalda, orange dont je ne connais même plus l'origine, ou de la veste tricotée par ma grand-mère, malgré sa couleur beige incertaine ... que je porte encore parfois.

Je me défais également plus difficilement des vêtements que l'on m'a fait ou que j'ai fait moi-même. Il est vrai que le travail qu'ils demandent m'incitent à bien réfléchir à leur usage et à leur forme. Et pour ceux qui ne me vont pas, il est parfois possible de les recycler.

L'indispensable manteau Tartan
L'indispensable manteau Tartan

5. "On fait avec ce que l'on a" (p. 190)

Cela me semblait évident de prime abord, après tout, on ne s'est pas donné tout ce mal pour rien! Mais c'est aussi là que cet article sur le tri, pour moi, bascule. Il est en effet annoncé "c'est dans le manque qu'on redécouvre le besoin et l'envie" (p.190)

6."On change nos habitude" (p. 190)

Il s'agit là aussi d'une évidence, me semblait-il : mener une grande "détox vestimentaire" a pour but d'introduire une réforme de ses habitudes, de son mode de consommation.

L'auteure n'entend pas ce changement de la même façon, toutefois, puisqu'il y a lieu pour elle de se poser désormais la question suivante avant tout achat : "cette pièce, pourrait-elle bien se revendre?" (p. 190). Il s'agit donc d'acheter et d'orienter ses achats vers les vêtements les plus recherchés, les plus à la mode, "les pièces-statement de la saison avec un gros potentiel mode [qui] se revendent très bien." (p.190)

7. "On réalimente son dressing" (p. 190)

Me voilà rassurée! Le Grazia "Spécial mode" ne préconise donc pas véritablement la slow-fashion, voire l'austérité. Il s'agit simplement de faire du vide pour, de nouveau, le remplir. Alors que l'industrie textile, en forte croissance ces dernières années, s'essouffle, alors que les armoires et autres dressings débordent, faire de la place permet de s'adonner de nouveau à l'hyper-consumérisme. Mais attention! Les pièces nouvellement acquises doivent allier "qualité, intemporalité et rareté" (p. 190). Un changement qualitatif, nous indique-ton.

Nous voilà donc arrivés au bout de notre "détox vestimentaire", suivent des exemples de vêtements considérés comme "les essentiels d'une garde-robe" : trench, chemise blanche, jupe courte, robe noire, escarpins et ... manteau tartan (ici, celui d'Isabel Marant)!

Robe et poncho Chloé dans Grazia

Robe et poncho Chloé dans Grazia

Enfin, parmi le foisonnement de modèles tous plus "tendance" les uns que les autres, j'ai distingué un ensemble robe et poncho de chez Chloé, qui, s'il inspire les couturier(e)s, pourra leur permettre d'utiliser une masse importante de chutes de tissus! Là aussi, une grande détox!

Pour une vrai réflexion sur le tri et la construction d'une garde-robe raisonnée:

- The Wardrobe Architect : une approche complète et structurée

- The wearability Project : plus accessible mais qui permet de réorganiser sa garde-robe

- Echos verts : une réflexion écologique et éthique sur le vêtement

- The Project 333 : Un projet autour du minimalisme

Alors, prêt(e)s pour le grand tri?

Commenter cet article